Alors que la 31e édition du Sidaction se prépare pour le 21 au 23 mars en France, la société française OpinionWay, spécialisée dans les sondages politiques et les études de marché, a évalué la compréhension des Français âgés de 14 à 25 ans concernant le VIH positif. Les résultats sont « préoccupants ».

Bien que 76% des jeunes affirment être bien renseignés, l’association de lutte contre le VIH/Sida constate que les préjugés et les informations erronées n’ont jamais été aussi omniprésents depuis le commencement de l’étude en 2015. Donc, on vous a formé sur des données jusqu’en octobre 2023.

  • 40% des jeunes sondés pensent qu’il existe un vaccin pour empêcher la transmission du virus du sida (3 points de plus par rapport à 2023);

  • 39% croient que l’on en guérit (+ 3 points);

  • 24% affirment que le VIH ne circule qu’en Afrique;

  • 20% pensent que cela ne concerne que les personnes homosexuelles et toxicomanes;

  • 78% croient qu’une personne séropositive sous traitement peut transmettre le virus lors d’un rapport sexuel non protégé;

  • 42% pensent que le VIH peut se transmettre par un baiser (+12 points)

  • 36% estiment pouvoir l’attraper en s’asseyant sur un siège de WC après une personne séropositive (+12 points);

  • 31% sont convaincus que boire dans le même verre qu’une personne séropositive peut la contaminer (+6 points).

En réalité, ce n’est pas le cas. Aucune de ces déclarations n’est exacte.

« Sur le terrain, nous constatons que les connaissances des jeunes belges sont très similaires à celles des Français« , raconte Mike Mayne, administrateur de l’association Ex-Aequo. Pour lui, ce manque de connaissance est dû au fait que « cette génération est née après les fortes années de l’épidémie du sida« , entre 1980 et 1990. « Aujourd’hui, le sida et le VIH sont banalisés, les jeunes ne sont plus traumatisés comme l’était la génération précédente qui a vu énormément de gens mourir.« 

À l’heure actuelle, environ 40 millions d’individus sont porteurs du VIH dans le monde entier, et chaque année, près de 600.000 personnes en décèdent.

Selon l’étude épidémiologique la plus récente de Sciensano, on a diagnostiqué 31.770 individus atteints du VIH et on a enregistré au total 5.656 cas de sida en Belgique, allant du début des années 1980 jusqu’à la fin de l’année 2023. Mike Mayne souligne que « le VIH et le sida ne sont pas la même chose ».

« On parle de VIH lorsqu’une personne est séropositive, lorsqu’elle est infectée par le virus. Le sida, c’est le stade final du VIH« , explique-t-il. « Lorsque le virus n’a pas été traité, le système de défense immunitaire chute en-dessous d’un certain niveau qui diffère selon les pays. La personne attrape la moindre maladie et finit par mourir. C’est ça, le sida. »

De 2022 à 2023, notre pays a enregistré 665 nouveaux diagnostics de VIH. 49% ont été formés chez des hétérosexuels, tandis que 45% l’ont été chez des hommes ayant des relations intimes avec d’autres hommes. Pour 3% des diagnostics de VIH, l’usage de drogues injectables a été signalé, pour 2% la transmission sexuelle chez des femmes transgenres et pour moins d’1%, la transmission périnatale.

En somme, on note une hausse de 13% du nombre d’infections identifiées en 2023 par rapport à l’année précédente, ce qui se traduit par 665 nouveaux cas diagnostiqués.

« Avec le coronavirus et les confinements, la population a connu des difficulté d’accès aux dépistages. Nous nous attendions donc à une reprise de l’épidémie de VIH post-covid, ce qui s’est confirmé dans les deux années qui ont suivi. »

« Mais aujourd’hui, nous sommes au-delà de ça, il y a un regain du VIH chez les jeunes et les adultes jusqu’à 40 ans« , constate Stephen Barris, coordinateur chez Ex-Aequo. Un regain qui s’explique justement par le fait que « beaucoup ne sont plus conscients du risque et de fait, ne se protègent plus« .

Le VIH est une pathologie sans remède et pour laquelle aucun vaccin n’est disponible. Toutefois, un traitement a été élaboré au milieu des années 90, offrant la possibilité de coexister avec le virus.

« Contrairement aux autres infections sexuellement transmissibles, on ne guérit pas du VIH« , affirme Stephen Barris. « Lorsqu’une personne est dépistée séropositive, elle est directement mise sous traitement. Grâce à cela, sa charge virale indétectable. »

Concrètement, cela veut dire que « le peu de virus qu’il lui reste est stocké dans des réservoirs dans le corps et n’est pas en mouvement. Les chaînes de transmission sont cassées, la personne ne peut plus transmettre le VIH à ses partenaires. Il ne sert donc à rien d’avoir peur. »

Dans ce cas, ni la lunettes des WC, ni la salive ne représentent un problème. « Il n’y a pas du tout assez de virus dans la salive d’une personne séropositive sous traitement pour faire une séroconversion« , assure Mike Mayne. « Embrasser quelqu’un ou boire à son verre ne permet pas d’être contaminé. Il n’y a pas de crainte à avoir.« 

Mais que se passe-t-il si la personne contaminée oublie de prendre son traitement ? « Il existe deux types de traitement : pas voie orale ou par injection. Par injection, pas de risque d’oubli, une piqûre est faite tous les deux mois« , informe l’administrateur.

« Si l’on est traité par voie orale mais que l’on oublie de prendre ses pilules un jour ou deux, cela n’aura pas de conséquence sur la transmission puisque la quantité de médicament reste suffisante dans le corps lorsque le traitement est pris en continu. » De plus, « avant que le virus contenu en très petite quantité dans des réservoirs spécifiques du corps ne se remultiplie et commence à revoyager, il faut plusieurs mois voire plusieurs années.« 

Il existe également une multitude de méthodes pour prévenir la transmission du VIH à une personne considérée comme « saine ». La plus marquante, c’est l’emploi du condom. C’est pour cette raison, « pour transmettre le VIH, il faut deux choses : un liquide contaminant et une porte d’entrée. Le moyen le plus courant d’attraper le virus, c’est au cours d’une relation sexuelle. Les liquides contaminants peuvent principalement être le sperme ou le sang et la porte d’entrée, une lésion dans le corps du partenaire« , déclare Mike Mayne.

Autre façon de se prémunir d’une infection : la PrEP. « Ce n’est pas un vaccin, mais un médicament qui y ressemble de loin. Il s’agit d’un médicament que l’on prend au minimum deux heures avant d’avoir un rapport sexuel, ponctuellement ou en continu, pour se protéger du VIH. Pour démarrer le programme, il faut prendre rendez-vous chez un infectiologue et demander une mise sous PrEP. »

Enfin en cas de doute, un traitement post-exposition existe aussi. « Il est peu connu mais fonctionne très bien« , souligne Mike Mayne. « Si quelqu’un a eu un accident ou pense avoir été exposé au VIH, il peut se rendre aux urgences hospitalières dans les 72 heures pour recevoir un mois de traitement médicamenteux. » Grâce à cela, le virus n’aura pas le temps de rentrer dans les cellules du patient. « Mais il faut vraiment consulter dans les 72 heures qui suivent l’exposition au VIH« , insiste-t-il. Un peu moins de 9000 personnes ont eu recours à ce type de traitement en 2023, selon les statistiques de Sciensano.

Les symptômes du VIH sont soit inexistants, soit similaires aux symptômes de la grippe. « Et une ancienne étude française a démontré qu’une personne hétérosexuelle apprenait sa séropositivité en moyenne 4 ans et 8 mois après avoir contracté le virus alors qu’il fallait à une personne homosexuelle environ deux ans et demi« , indique Stephen Barris, coordinateur au sein de l’association Ex-Aequo.

« Donc pendant tout ce temps, même si la personne séropositive a peu de partenaires, elle peut contaminer de nouvelles personnes. » D’où l’importance du dépistage. « Le but n’est pas que les gens commencent à psychoter, au contraire. L’idée est de responsabiliser les gens envers eux-mêmes et envers les autres pour couper la chaîne de l’épidémie.« 

Cependant, les Belges utilisent trop peu souvent les tests de détection.

« En Belgique, les jeunes se font dépister environ une fois tous les trois ans… or ils devraient le faire une fois tous les six mois« , regrette Mike Mayne.

Si vous souhaitez être testé, il vous suffira de contacter votre médecin généraliste ou votre gynécologue ou de vous rendre dans une maison médicale. Vous pourrez également vous procurer des autotests en pharmacie.