L’ombre de l’apatridie : le calvaire des sans-papiers sud-africains
Arnold Ncube, 25 ans, est né à Johannesburg, mais n’existe pour aucun registre officiel. Sans papier, il survit en lavant des voitures dans les ruelles du township de Thembisa. Son histoire résume le calvaire de milliers d’apatrides sud-africains, prisonniers d’un vide administratif qui les prive de tout avenir.
Un simple papier peut décider d’une vie. Arnold en fait l’amère expérience. Abandonné par ses deux parents, il n’a jamais pu prouver son statut. « On est pratiquement invisible. On n’existe pas. C’est comme si on vivait dans l’ombre », confie-t-il, la voix empreinte de douleur.
Sans papier, Arnold est exclu du système. Pas de compte bancaire, pas d’études supérieures, pas d’accès aux soins de santé. « Quand je vois mes camarades, ils ont terminé leurs études. Moi, je n’ai pas pu… La dépression était autrefois mon amie », avoue-t-il.
Il fait partie des quelque 10 000 apatrides estimés en Afrique du Sud, des personnes nées sur le territoire mais incapables de prouver leur nationalité. L’apatridie est un piège administratif aux causes multiples : mauvaise tenue des registres, obstacles bureaucratiques, abandon familial.
Christy Chitengu, avocate et défenseure des droits humains, connaît trop bien cette réalité. Elle a découvert son apatridie à 17 ans et a finalement obtenu la nationalité sud-africaine il y a trois ans, après un long combat.
L’apatridie dépasse largement les frontières sud-africaines. On estime à 4,5 millions le nombre d’apatrides dans le monde, un chiffre qui pourrait même atteindre 15 millions selon certains experts. Les solutions passent par des réformes politiques claires : permettre l’enregistrement des naissances sur le lieu de naissance, garantir aux mères le droit de transmettre leur nationalité, et simplifier les procédures de régularisation.
Aujourd’hui, une lueur d’espoir brille enfin pour Arnold. Un avocat l’accompagne désormais dans ses démarches pour obtenir ses papiers. Son rêve ? Reprendre ses études et se former en informatique. En attendant, il joue au football avec les enfants du quartier, gardant malgré tout foi en un avenir où il pourra, lui aussi, « exister » pleinement.
Éditeur responsable Bamtv

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